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Nuit de Noël

En entrant dans cette église, frères et sœurs, vous avez sans doute aperçu au fond de l’atrium une statue de la Sainte Vierge tenant sur ses genoux et vous présentant son fils, le Seigneur Jésus. L’inscription sur le socle de la statue se lit en latin “Arca foederis”, en français “Arche de l’Alliance”.
D’où vient ce titre à première vue étrange, donnée à la Vierge Marie ? Pour le comprendre, nous devons nous tourner vers la Bible, vers l’Ancien Testament.
Le peuple hébreu a été arraché par Dieu à l’esclavage en Egypte par le ministère du prophète Moïse. Dieu le conduit vers un pays où il pourra vivre dans la liberté et dans la paix. Le chemin devient long, très long: 40 ans d’errance dans le désert, jusqu’à ce que le Peuple élue ait appris à faire entièrement confiance, de tout son cœur, à Dieu seul, comme un enfant se blottit dans les bras de son père
Au cours de cette montée interminable pendant 40 ans, Dieu accorde deux choses à son Peuple: la Loi (les dix commandements ou mieux les dix paroles) et sa présence symbolique par une arche, un coffre vide, dans laquelle se trouve les tables de la Loi, les dix paroles. Au-dessus se tient la Gloire du Dieu vivant. Ou plutôt, sa Gloire protège et guide le Peuple, chemine avec lui. Dieu est là dans le sanctuaire, qui abrite l’arche. Présence de Dieu, qui est une Alliance. Dieu se lie à ce Peuple, comme les époux chrétiens portent une alliance pour signifier qu’ils sont liés l’un à l’autre, pour la vie et pour la mort. Arche de l’Alliance donc, arca foederis.
Je devrais vous raconter toute l’histoire biblique de l’Arche de l’Alliance. Ce serait long. Mais rappelons que l’arche du désert sera transféré à Jérusalem par le roi David. Son fils le roi Salomon, nous avons entendu ces noms dans la généalogie de Jésus au cours de notre veille, bâtira le Temple de Jérusalem pour l’abriter dignement. Le Temple sera détruit, l’arche sera perdu à cause de l’infidélité du Peuple à la Loi de Dieu. L’homme devient infidèle, mais Dieu maintient sa fidélité à l’Alliance, toujours.
Lorsque naît Jésus le Temple détruit a été reconstruit, mais l’arche n’est plus. Le Peuple élu espère que l’arche sera manifesté de nouveau lorsque viendra le Messie, aux jours de la fin (cf. Apc 11, 19). Dieu cependant n’est jamais à bout d’imagination créatrice dans son amour fidèle. Fidèle à l’Alliance. Je n’avais pas dit que les deux tables avec les dix paroles-commandements qui se trouvaient dans l’arche au désert du Sinaï n’étaient point originelles. Elles étaient une copie gravée par Moïse dans la pierre. Car Moïse avait brisé les premières tables au spectacle de l’idolâtrie du Peuple (le veau d’or). Les tables originales étaient écrites par le doigt de Dieu.
Ainsi nous arrivons à la fête de Noël. Le doigt de Dieu, l’Esprit Saint (Lc 11, 20), inscrit cette fois, non pas sur des tables de pierre, mais dans le sein d’une vierge d’Israël, non plus les dix paroles, mais sa Parole vivante, le Fils, Jésus de Nazareth, le Messie.
La Vierge a prononcé son “fiat”, elle a dit oui à ce dessein de l’amour fou de Dieu. Le Fils de Dieu épouse notre pauvre et splendide humanité, alliance nouvelle pour l’éternité. Il nous donne les paroles de la vie éternelle. Et pourtant ce n’est que le début de l’aventure du Fils de Dieu, qui est en même temps un fils authentique, en chair et en os, de David, de Salomon, des 42 noms que nous avons entendus dans la généalogie d’après s. Matthieu.
Revenons à la statue de la Vierge du fond de l’atrium. L’enfant et sa mère regardent vers l’Orient. Ils regardent vers ce Christ glorieux et miséricordieux que vous contemplez au fond de l’abside de cette église. Le Christ peint au-dessus de nous est le Messie qui vient. Il porte les stigmates de sa passion et de sa croix. Il vient à notre rencontre avec une majestieuse tendresse. Marie, quant à elle, concentre en elle toute l’Eglise, le Peuple de Dieu, qui va de l’avant vers le salut et la liberté, que déjà elle reçoit de son Seigneur et Dieu.
L’Eglise est en marche. Les bergers accourent à la grotte de Bethléem, les mages aussi. Les petits d’abord, les gens importants ensuite. Mais ce n’est pas pour rester à Bethléem. C’est pour reprendre la route. Ecoutons le psaume: “Lève-toi, Seigneur, pour venir au lieu de ton repos, toi et l’arche de ta sainteté” (Ps 131, 8 LXX).
La figure de Marie, arche vivante, qui porte la Parole vivante de Dieu, assure l’Eglise de la présence de Dieu. Elle monte vers le Soleil levant, le jour sans fin où Dieu sera la vie et la joie de tous ceux qui ont cru que Jésus, le petit enfant de Noël et le crucifié du Vendredi Saint, est le Sauveur de l’humanité.
Faisons halte, frères et sœur, à Bethléem. Et puis reprenons la marche, guidés par la Parole vivante de Dieu parmi nous et en nous, vers la Jérusalem d’en-haut, vers cette vie éternelle dans l’Esprit Saint, par le Fils, vers le Père. Amen.