Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur ! Ces paroles de Simon-Pierre au
moment où il réalise ce qui vient de se passer pourrait nous interpeller… Car si Pierre vient
d’assister à ce que nous appelons un miracle, les personnes présentes pouvaient tout simplement
y voir un coup de chance, voire se dire que Jésus avait une vue particulièrement aiguë et qu’il
avait remarqué un banc de poissons qui passait par là. Mais Pierre venait d’entendre
l’enseignement de Jésus, il avait dû en être touché, et avait fait la connexion entre les deux. Il
avait perçu que Celui qui venait de parler était véritablement digne de confiance. On le voit à sa
réponse : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre mais, sur ta parole, je vais
jeter le filet. « Sur ta parole »…
Aujourd’hui, on nous met constamment en garde — et ce n’est pas pour rien ! — contre le
« phishing » sur internet, et toutes sortes de promesses fallacieuses. La publicité nous inonde de
rêves… à condition que l’on commence par acheter, on verra ensuite ! Les politiciens aussi
n’arrêtent pas de promettre; quant à savoir si cela se réalise par la suite, c’est une autre histoire.
Nous vivons dans un monde de la méfiance, où l’on n’est sûr que de ses vrais amis... et encore !
Résultat : « l’homme est un loup pour l’homme », selon le dicton, et nous en revenons en quelque
sorte à l’animalité : chacun pour soi ! Par prudence, pour se préserver, on évite de faire confiance.
C’est un autre monde que nous ouvre la venue du Fils de Dieu sur terre. Lui, Il a pris le
risque suprême, et nous savons qu’Il l’a payé cher. Pourquoi ? Parce que Dieu est amour, et que
« quant on aime on ne compte pas ». La maladie suprême de notre monde, c’est le manque
d’amour, le « moi d’abord » qui transforme les autres en instruments dont je puis me servir à mon
profit, et que je ne respecte que si cela me rapporte. Pourquoi risquer sa confiance, si je ne suis
pas sûr que cela va me profiter ? On ne songe qu'à soi !
Y a-t-il une issue à ce monde sans âme ? Oui, et Simon-Pierre l’a compris. Mais pour
comprendre, il a d’abord écouté ! Ou, plus exactement, avant d’écouter, il a tout simplement été
aimable et, lorsque Jésus lui a demandé d’emprunter sa barque le temps d’haranguer la foule, il a
accepté sans hésiter. Ensuite il a lui-même écouté, enfin il a pris le risque de paraître ridicule aux
yeux de tous en allant jeter ses filets en plein jour, à un moment où le poisson ne se laisse pas
prendre — et cela « sur la parole » de Celui qui venait de parler et dont, j’imagine, il avait perçu
la profondeur et la vérité. Il avait perçu que cette parole « venait d’ailleurs », venait d’En-Haut...
La réponse de Jésus à l’interpellation de Pierre sera d’abord une parole qui revient si
souvent dans la Bible : Ne crains pas. On raconte que, sous une forme ou une autre, ces mots de
consolation apparaîtraient 365 fois dans la Bible. Peu importe le nombre exact, nous savons que,
contrairement aux dieux païens, notre Dieu vient pour nous rassurer et nous soutenir, non pour
nous écraser ou pour se servir de nous. « Contrairement aux dieux païens », disais-je… et peut-
être aussi contrairement aux mises en garde répétées que nous entendons dans notre société et ses
« idoles », qui nous ramènent toujours au « moi ». Car notre Dieu, en effet, aime toutes ses
créatures, Il veut leur bien, mais Il ne peut rien faire sans leur libre acceptation. Et cette libre
acceptation ne peut reposer que sur la confiance.
C’est bien cette confiance en Jésus qu’a eue saint Pierre, parce qu’il était tout d’abord
disposé à Le laisser emprunter sa barque, qu’ensuite il L’a écouté, et qu’enfin il Lui a pris le
risque de jeter son filet. Et, après le Ne crains pas, la réponse de Jésus fut Désormais, ce sont des
hommes que tu prendras.
D’une manière ou d’une autre, l’histoire de Pierre est la nôtre. quels que soient notre métier
et notre situation, rendons-nous compte que Dieu passe par là. Le problème n’est pas de savoir
s’Il va nous demander de tout quitter pour le suivre, mais de savoir si nous sommes prêts à Lui
faire confiance, à n’avoir pas peur d’entendre ce qu’Il nous propose. De nous aussi, Dieu attend
que nous devenions « pêcheurs d’hommes », non pas en allant prêcher dans les rues, mais en
témoignant par notre foi et notre manière de vivre que Dieu aime et appelle tout le monde, qu’Il
change la vie de ceux qui Lui font confiance, qu’Il rend heureux ceux qui écoutent la parole de
Dieu et qui la gardent (cf. Lc 11,28).
Les premiers mots de l’épître de ce jour sont qui sème chichement récoltera peu, qui sème
généreusement récoltera largement. Cela vaut aujourd'hui comme hier, et cela vaut pour nous
aussi. Voulons-nous vraiment nous investir dans la confiance en Dieu, en Jésus ? À chacun de
répondre, en esprit et surtout par notre manière de vivre.

