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3e dimanche de Pâques - Myrophores

Si la liturgie de ce 3 e dimanche de Pâques, en faisant mémoire des Myrophores,
nous rappelle, à juste titre, le matin de la Résurrection, elle nous ramène aussi à
l’un des moments les plus intenses de la Semaine Sainte, à savoir le Vendredi,
aux Vêpres de l’ensevelissement et à l’Office des Myrophores qui les prolonge
aux accents d’un amour éperdu qui se lamente sur la mort du Sauveur du monde
et évoque l’épouse du Cantique des cantiques cherchant celui que son cœur aime
(Ct 3,1sv). En ces deux offices, la liturgie byzantine déploie tout son génie
dramatique dans la mise en scène de la descente de croix du supplicié, de sa
mise au tombeau et de son embaumement. Ce faisant, elle associe d’une certaine
façon ces femmes porteuses d’aromates à cette autre femme, de Béthanie, - peu
importe qu’il s’agisse de Marie, sœur de Lazare (Jn 12, 1-8), ou d’une inconnue
(Mt 26, 6-13 ; Mc 14, 3-9), - qui, à l’approche de la Pâque, versa sur Jésus un
« nard pur, de grand prix » (Mc 14, 3) en vue de sa sépulture. Geste coûteux, et
pourtant totalement gratuit comme seul l’amour, un amour infini, peut le faire !
Ainsi s’accomplit la prédiction que Jésus a faite à son propos : « En vérité, je
vous le dis, partout où sera proclamé cet Évangile, dans le monde entier, on
redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire » (Mt 26, 13).
Il en va de même pour nos Myrophores du Vendredi Saint et du Matin de
Pâques, et pour ceux qui leur sont étroitement associés dans les soins apportés à
la dépouille du Christ et dont les Évangiles nous livrent le portrait. C’est d’abord
Joseph d’Arimathie, « membre du Conseil, homme droit et juste » (Lc 23, 50)
« qui attendait le Royaume de Dieu » (Mc 15, 43 ; Lc 23,51) et « qui était
disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs » (Jn 19,38), c’est-à-dire des
grands prêtres et des autres membres du Conseil auxquels il ne s’était pas joint
dans l’acte de condamnation de Jésus (Lc 23, 51). C’est lui qui vint
« hardiment » selon l’expression de l’évangéliste Marc (Mc 15, 43) réclamer le
corps de Jésus à Pilate, qui acheta « un linceul propre » (Mt 27, 59), et qui
déposa le corps « dans le tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc » (Mt
27, 60), autant de signes soulignant la piété de l’ensevelissement. L’évangéliste
Jean lui adjoint Nicodème (Jn 19, 39), également notable des Juifs, qui était
venu précédemment trouver Jésus de nuit, sans doute lui aussi disciple en secret
(Jn 3, 1-21), qui apporte « un mélange de myrrhe et d’aloès » (Jn 19, 39). Ils

s’acquittent ainsi, l’un et l’autre, d’une œuvre de miséricorde comme on la voit
pratiquer par d’autres dans l’Écriture Sainte tels les habitants de Yabesh de
Galaad qui enlèvent du rempart de Bet-Shân les corps suspendus de Saül et de
ses fils morts au combat (1 S 31, 11-13), ou les disciples de Jean-Baptiste venus
emporter son corps décapité pour l’ensevelir (Mc 6, 29), ou encore, d’une façon
toute particulière, Tobit qui, en terre d’exil parmi les païens, risque la peine de
mort à chaque fois qu’il enterre l’un de ses coreligionnaires (Tb 2, 7-8) . Et
tandis que Joseph et Nicodème accomplissent ces rites funéraires, des femmes
venues avec Jésus de Galilée (Lc 23, 55), sans doute celles qui l’assistaient de
leurs biens (Lc 8, 2-3), au nombre desquelles Marie de Magdala et Marie, mère
de Joset, regardent où l’on dépose le corps de Jésus (Mc 15, 47) pour y revenir
en temps voulu.
Ce sont elles avec Salomé qui, une fois passé le sabbat, à l’aube du premier jour
de la semaine, s’empressent d’aller achever l’embaumement de Jésus fait à la
hâte. Et c’est là que se produit l’inattendu et l’inouï, le tombeau dont elles se
demandaient qui leur en roulerait la pierre (Mc 16, 3), est ouvert et Jésus, le
crucifié, est ressuscité ! Un ange leur apparaît pour le leur annoncer, puis Jésus
lui-même, et fidèles au-delà de la mort, elles se voient chargées d’aller porter la
bonne nouvelle aux apôtres et de leur dire que Jésus les précède en Galilée.
C’est là qu’ils le verront (Mt 28, 7. 10 ; Mc 16, 7).
Que retirer de tout cela sinon l’expression et l’exemple d’un amour sans limites
envers le Seigneur, amour manifesté dans la louange par les fleurs et les
parfums, dans la prière publique et privée, dans la fidélité à le suivre, dans le
témoignage à lui rendre, dans l’attention portée à notre prochain comme à notre
Dieu dans la vie et dans la mort ?
Comme l’écrit, au IV e siècle, saint Grégoire de Nazianze dans une homélie
pascale : « Si tu es Joseph d’Arimathie, réclame le corps à celui qui l’a fait
mettre en croix ; que ton souci soit le rachat du monde. Si tu es Nicodème, cet
adorateur nocturne de Dieu, mets-le au tombeau avec les parfums. Si tu es une
des saintes femmes, l’une ou l’autre Marie, si tu es Salomé ou Jeanne, va le
pleurer de grand matin. Sois la première à voir la pierre enlevée, à voir peut-être
les anges, et Jésus lui-même. »