Pierre et Jean se rendent au tombeau. Avant eux, les femmes s’y sont rendues.
C’est même l’une d’entre elles, Marie de Magdala, qui prévient les apôtres de la
disparition du corps de Jésus. Si pour l’évangéliste Jean, elle est seule à y être
allé, leur nombre varie selon les évangiles, et pour Matthieu, dont le récit a été lu
lors de la Veillée pascale dans le rite latin, elles sont au moins deux, Marie de
Magdala étant accompagnée d’une autre Marie. Matthieu nous relate leur visite
au tombeau du Christ tandis que le premier jour de la semaine pointe
timidement. Une aube nouvelle se lève alors qu’on ne soupçonne encore rien.
Contrairement à Marc et à Luc, pour Matthieu, les femmes ne viennent pas au
sépulcre pour achever les soins de l’embaumement, mais seulement pour y faire
une visite de dévotion. Non seulement le tombeau est fermé par une grosse
pierre, mais à la demande des grands prêtres et des pharisiens (Mt 27, 62-66), il
a été scellé et des soldats y montent la garde pour empêcher toute disparition du
corps de Jésus. Matthieu a multiplié les éléments qui rendent impossible tout
subterfuge, en l’occurrence, l’enlèvement du corps pour faire croire à la
résurrection.
C’est alors que se produit un tremblement de terre dont on peut penser qu’il est
la réplique sismique de celui qui a eu lieu au moment de la mort de Jésus en
croix. La crucifixion et la résurrection, les deux versants d’un unique mystère,
s’accompagnent de phénomènes naturels. C’est la création tout entière qui prend
part au sort réservé à son Créateur. Matthieu joue sur la dramatisation de
l’événement : le tremblement de terre, l’ange descendant du ciel comme l’éclair
et roulant la pierre du sépulcre, les gardes tombant à la renverse, la crainte des
femmes … autant d’éléments qui s’apparentent aux théophanies de l’Ancien
Testament manifestant la toute-puissance de Dieu. Or dans la résurrection de
Jésus, c’est bien la toute-puissance de Dieu qui s’exprime. On sait que Mathieu,
écrivant en milieu juif, s’attache particulièrement à montrer dans la personne et
l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. Jésus n’est pas venu abolir la
Loi et les Prophètes, mais les accomplir en les menant à leur perfection. Son
évangile est d’ailleurs ponctué de citations des prophètes. Si tout est accompli,
achevé sur la croix, tout est parachevé par la résurrection. Comme l’écrit saint
Paul aux Corinthiens, Jésus « est ressuscité le troisième jour selon les Écritures »
(1 Co 15, 4), attestation que reprend le credo de Nicée-Constantinople que nous
chanterons dans un instant.
L’ange rassure les femmes : « Soyez sans crainte », et leur délivre son message :
« Vous cherchez le crucifié, il n’est pas ici, il est ressuscité comme il l’avait dit
». C’est la première annonce de la résurrection qui formera le cœur du message
chrétien, le cœur de notre foi : le crucifié est ressuscité ! Et l’ange les invite à
entrer voir l’endroit où Jésus a reposé et où il n’est plus. Simple constat que
nous sommes encore amenés à faire aujourd’hui si nous visitons le Saint-
Sépulcre à Jérusalem. À peine la pierre roulée, Jésus ne s’est pas envolé comme
ont aimé le représenter tant de peintres au cours des siècles. Jésus ressuscité, qui
n’est pas un pur esprit, est affranchi des lois de la nature. Il est hors du tombeau
scellé comme il est au milieu de ses disciples toutes portes closes. Le mystère de
la résurrection nous échappe toujours. Il éveille notre foi et la creuse.
Jésus est ressuscité « comme il l’avait dit ». Voici qu’est mis en route le
processus de relecture des événements, en l’occurrence la vie et les paroles de
Jésus, à la lumière de la résurrection. Processus si bien explicité dans l’évangile
de Luc où Jésus lui-même explique tout ce qui le concerne dans la Loi, les
Prophètes et les Psaumes (Lc 24, 27. 44).
Cela étant, l’ange envoie les femmes vers les apôtres pour leur annoncer la
nouvelle et les enjoindre d’aller en Galilée où Jésus les précède. Message que
Jésus rencontré en chemin leur renouvelle, en les rassurant lui aussi : « Soyez
sans crainte ». Le retour en Galilée, - ce que certains ont appelé le printemps de
Galilée, en référence à cette vie nouvelle qui éclot, - est un moment crucial après
les infidélités de la dernière semaine. Il est la mémoire vive du premier appel et
devient le lieu de la rencontre avec le ressuscité et de l’envoi en mission. C’est
là que Pierre, qui a renié Jésus, est appelé à faire sa triple profession d’amour.
Il en va pour nous comme pour les disciples. Quoi qu’il ait pu nous arriver au fil
des jours, au fil des ans, par lassitude ou par négligence, il nous faut revenir en
Galilée, à notre Galilée, à ce lieu du premier amour, parce que le ressuscité nous
appelle à la vie avec lui dans une ferveur renouvelée. Soyons sans crainte,
l’amour est plus fort que la mort !

