Quand nous avons été baptisés dans le Christ Jésus - écrit l’Apôtre Paul - c’est
dans sa mort que nous avons été baptisés.» (Rm 6, 3) Le fait de s’immerger dans
l’eau, au moment du baptême, était donc le signe extérieur et visible d’un autre
«bain» et d’une autre «sépulture» : celle de la mort du Christ. Il y est une Passion
physique du corps du Christ mais la profondeur unique de la souffrance du
Christ réside dans la souffrance intérieure de son âme. Une telle Passion de
l’âme est toute entière contenue dans ,les paroles suivantes de l’Apôtre Paul:
«Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a traité en pécheur en notre faveur,
afin que, par son intermédiaire, nous devenions justice de Dieu.» (2 Co 5, 21) Le
Fils même de Dieu, l’innocent, le saint, le juste sans péché devenu «péché», dans
sa Passion, Jésus est l’impiété, toute l’impiété du monde,. Les péchés sont sur lui
; et il les porte mystérieusement, parce qu’il les endosse librement. « Il porte lui-
même nos fautes en son corps », dit saint Pierre (1 P 2, 24). Et voici qu’il se
sent, en quelque sorte, le péché du monde : telle est la Passion de l’âme. Oui,
Jésus assume tout : tout l’orgueil humain, toute la rébellion, ouverte ou secrète,
contre Dieu ; toute la luxure, tout l’égoïsme, toute l’hypocrisie ; toute la
violence et toute l’injustice ; toute ’exploitation des pauvres et des faibles ; tout
le mensonge, toute la haine qui habite le monde. Il prend tout sur lui, il porte
tout, pour que l’homme soit sauvé. Vraiment c’est dans la Passion du Christ que
trouvent leur réalisation plénière les paroles d’Isaie, «Lui, il a été écrasé à cause
de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous donne le salut
s’est abattu sur lui.» (Is 53, 5) Imaginé vous : Qu’arriverait-il si tout l’univers
physique, avec ses milliards de galaxies, pesait tout entier sur un seul point,
comme une immense pyramide inversée ? Quelle pression devrait supporter ce
point ? Eh bien, dans la Passion, tout l’univers moral du péché, qui n’est pas
moins infini que celui de la matière, pesait sur l’âme de l’Homme-Dieu. «Le
Seigneur a fait retomber sur lui toute notre iniquité.» (Is 53, 4-6) Il est l’Agneau
de Dieu qui «porte sur lui» le péché du monde (cf. Jn 1, 29). La véritable croix
que Jésus a prise sur ses épaules, qu’il a portée jusqu’au Calvaire, et à laquelle il
a été finalement cloué, fut le péché ! C’est parce que Jésus porte sur lui le péché
que Dieu s’éloigne. L’attraction infinie entre le Père et le Fils est maintenant
traversée. Qu’a dû être, pour Jésus en croix, le silence du Père, et quel abîme se
cache derrière ce cri : »Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu
abandonné.(Mt27,46). Tout cela a été nécessaire ‘‘pour que fût détruit ce corps
de péché» (Rm 6, 6), et pour que, en échange de la malédiction, nous recevions
«la promesse de l’Esprit par la foi» (Ga 3, 14). Les Pères de l’Église ont appliqué
au Christ sur la croix la figure biblique des eaux amères de Mara, qui deviennent
douces au contact du bois qu’y jette Moïse (cf.Ex 15, 23-25). Sur le bois de la
croix, Jésus a bu lui-même les eaux amères du péché et les a transformées en
l’eau «douce» de son Esprit, que symbolise l’eau sortie de son flanc. Et puis ,
même dans une situation si extrême, Jésus a gardé sa confiance en Dieu, son
amoureuse soumission au Père ; sur ses lèvres ne s’est jamais éteint le cri filial:
«Abba, mon Père!», et il est mort en disant: «Père, en tes mains je remets mon
esprit!» (Lc 23, 46) Mystère d’amour : Jésus qui est sans péché, est solidaire
avec nous et souffre pour nous., pour nous.. La souffrance du Christ n’a de sens
que lorsque nous reconnaissons qu’elle était » pour nos péchés » et qu’elle a
donc été provoquée par nous. Donc, à Gethsémani, c’était aussi mon péché
personnel qui pesait sur le cœur de Jésus; sur la croix, c’était aussi mon égoïsme
et l’abus que je fais de ma liberté qui le crucifiaient. Si le Christ est mort «pour
mes péchés», alors cela veut dire en mettant simplement l’expression passive à
l’actif- que j’ai crucifié Jésus de Nazareth!, comme Saint Pierre le dit au peuple
au jour de la Pentecôte, «Vous avez crucifié Jésus de Nazareth !» Frères et
soeurs, que devons-nous faire ?» (Ac 2, 23-37) Écoutons l’Apôtre Paul ; il écrit :
«Quand nous avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous
avons été baptisés. Par le baptême nous avons donc été ensevelis avec lui dans la
mort, afin que, comme le Christ fut ressuscité des morts par la gloire du Père,
nous puissions, nous aussi, marcher dans une vie nouvelle.» (Rm 6, 3-4)
Considérez-vous comme morts au péché, mais vivants pour Dieu dans le Christ
Jésus.(Rom 6,11) Que notre vieil homme soit enseveli pour toujours dans la
Passion du Christ.

