« Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur,
monté sur une ânesse et un petit âne, ... » (Za 9, 9 repris par Mt 21, 5)
Dans l’embrasement général de notre monde, il nous est bon de voir venir à
nous notre Roi plein de douceur, et de recueillir son message de paix. Il vient à
nous celui qui nous a appelé à lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez
sous le fardeau, … car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le
soulagement pour vos âmes » (Mt 11, 28-29). Il vient à nous celui qui a
proclamé bienheureux les doux et les artisans de paix (Mt 5, 4.9), celui qui a fait
la paix avec ceux qui étaient loin et ceux qui étaient proches, en les réconciliant
avec Dieu par la Croix (cfr Ep 2, 14-18) !
C’est dans ce va-et-vient de ceux qui le suivent et de ceux qui le précèdent que
Jésus et ses disciples arrivent à Jérusalem par le Mont des Oliviers. C’est à l’est,
là où le soleil se lève, c’est là aussi, selon les prophètes, que Dieu se manifestera
à la fin des temps (Za 14, 4). Comment ne pas se rappeler la prophétie d’Isaïe ?!
« Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui
annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à
Sion : “Ton Dieu règne !” » (Is 52, 7) Et le prophète poursuit : « Écoutez la voix
des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie car, de leurs
propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie,
vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète
Jérusalem ! » (Is 52, 8-9). Ces guetteurs, ce sont les disciples de Jésus, proches
et lointains, qui discernent en lui « celui qui vient au nom du Seigneur » (Mt 21,
9). Joie d’une foule en fête qui, encore ignorante du drame qui va se jouer, se
réjouit de sa proche libération, au souvenir des merveilles que le Seigneur a
accomplies pour son peuple. « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mt 21, 9)
A cet instant, seul Jésus avance conscient qu’il va vers le plein accomplissement
de sa mission. Il n’est pas tant porté par l’engouement des foules que par la
ferme résolution qu’il a prise de monter à Jérusalem pour accomplir la volonté
de son Père. La prophétie d’Isaïe est d’autant plus éloquente qu’elle précède
immédiatement le 4 e chant du Serviteur souffrant. C’est bien dans cet esprit que
Jésus entre dans Jérusalem, parce qu’à l’inverse des chefs des nations qui
dominent sur elles en maîtres et font sentir leur pouvoir (cfr Mt 20, 25), il est
venu non pour être servi, mais « pour servir et donner sa vie en rançon pour une
multitude » (Mt 20, 28). Il l’a plusieurs fois annoncé à ses disciples sans que
ceux-ci aient compris. « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de
l’Homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à
mort et le livreront aux païens pour être bafoué, flagellé et mis en croix ; et le
troisième jour, il ressuscitera. » (Mt 20, 18-19). Au terme de bien des
souffrances, l’espérance est là qui ne déçoit pas (Rm 5, 5).
« Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui
annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle ». Se référant à Isaïe, saint Paul
constate que « tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle » (Rm 10, 15-16). Qu’en
est-il de nous qui voyons venir à nous notre Roi plein de douceur et qui voulons
recueillir son message de paix ? À l’écoute de la Bonne Nouvelle, soyons nous
aussi pleins de douceur et travaillons à la paix. La voie nous est toute tracée par
le Seigneur qui nous appelle et nous exhorte. A nous de recueillir son précieux
héritage et de le faire fructifier.
Jésus et ses disciples arrivent à Jérusalem par le Mont des Oliviers. C’est de là
que chaque année, à Jérusalem, part la traditionnelle procession des Rameaux.
Cette année, elle n’aura pas lieu et tout dernièrement, le patriarche latin de
Jérusalem écrivait : « À la dureté de cette période de guerre, qui nous affecte
tous, aujourd’hui le fardeau de ne pouvoir célébrer Pâques ensemble et
dignement. C’est une blessure qui s’ajoute aux nombreuses autres infligées par le
conflit ». Puisse chacun des pas de notre procession être fait au nom de ceux qui
ne peuvent pas marcher et célébrer Pâques dignement à Jérusalem et dans le
monde. Qu’ils le soient aussi en invocation du don de la paix pour tous les
peuples. « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ».

