À peine Jésus a-t-il proclamé les Béatitudes qu’il interpelle ses disciples en leur
disant qu’ils sont le sel de la terre et la lumière du monde. C’est une invitation à
passer immédiatement à l’action sans perdre de temps, sans laisser le sel
s’affadir et la lampe s’éteindre. Autrement dit, sans laisser étouffer la Parole de
Dieu par les ronces de nos négligences et la sécheresse de notre cœur. Toute
vocation, comme tout amour d’ailleurs, qui ne s’entretient pas, se perd !
Nous avons été appelés et nous avons répondu. Il s’agit à présent de vivre en
conséquence. Suivre Jésus, imiter Jésus c’est adhérer aux valeurs du Royaume,
et adhérer aux valeurs du Royaume, c’est s’engager à les promouvoir dans sa vie
et dans la société. Point n’est besoin de publicité éclatante. La simple fidélité
vécue dans le quotidien en témoigne déjà. Ne nous laissons pas dissiper, égarer,
les tentations et les dérives sont si nombreuses, surtout à l’ère numérique où l’on
glisse si facilement dans l’opposé de ce que l’on voudrait. Ne soyons pas non
plus naïfs : ces dérives ont existé de tous temps. Ce n’est pas pour rien qu’au
chapitre 49 de sa Règle consacré à l’observance du Carême, saint Benoît exhorte
à bannir tous les vices et toutes les négligences du reste de l’année.
Ce temps de Carême nous invite à la cohérence entre les valeurs que nous
prônons et les actes que nous posons individuellement ou collectivement. Là est
notre crédibilité. Pour que notre témoignage soit crédible, il faut qu’il soit
cohérent. Soyons honnêtes avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Ne
mentons pas à Dieu par notre tonsure, comme le dit saint Benoît à propos de ces
moines qui vivent au gré de leurs caprices (RB 1, 7). Vivons donc selon
l’engagement que nous avons pris. Et pour ce faire, saisissons les moyens qui
sont mis à notre disposition. Parmi ceux-ci, il en est un qui compte tout
particulièrement pour des cénobites, pour des gens vivant en communauté,
vivant ensemble, c’est l’émulation fraternelle par l’exemple que l’on se donne et
le soutien que l’on s’apporte les uns aux autres. Par le service mutuel aussi. Ne
désertons pas nos assemblées. Que le Carême ne soit pas prétexte à plus
d’indépendance, mais bien à plus de solidarité. Soyons cohérents dans notre
amour de Dieu et du prochain !
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