Categories

Entrée de la Vierge au Temple 2025

Les trois lectures d’Ancien Testament entendues aux vêpres (Exode 40,1-35 passim ; 3 Rois
[= 1 Rs héb] 8,1-11 ; Ézéchiel 43,27-44,4), de même que l’épître de la Liturgie (Héb 9,1-7) nous
parlent toutes de l’Arche d’Alliance, qui était en Israël le signe visible de l’alliance de Dieu avec
son peuple. Dieu était présent là où se trouvait l’Arche, et les trois leçons vétérotestamentaires l’ont
fortement exprimé, puisqu’elles finissaient toutes par évoquer la gloire du Seigneur, manifestée par
la nuée dont la présence était si forte que les prêtres ne pouvaient plus y poursuivre leur fonction.
Commençons par nous souvenir que, pour le peuple d’Israël, la relation avec Dieu était encore
bien matérielle — et à cette époque c’était tout à fait normal. Dieu se manifestait matériellement,
comme Il l’avait fait au moment où Il a appelé Moïse, qui a vu un buisson ardent qui brûlait et
pourtant ne se consumait pas, et qui a entendu la voix de Dieu lui dire : « N’approche pas, et ôte tes
chaussures, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » (Ex 3,5). Dieu enverra Moïse tirer son
peuple de la captivité d’Égypte, et Dieu accompagnera le cortège sous forme de nuée lumineuse (Ex
13,21). Et quand Dieu voudra manifester sa présence permanente au milieu d’Israël, il prescrira à
Moïse de dresser la Tente du Témoignage, dans laquelle reposait l’Arche d’Alliance avec les Tables
de la Loi divinement gravées. Ce sera là le premier Temple, sous une tente qui se déplaçait avec le
peuple en marche. Ce lieu sacré était préparé avec un soin extrême, comme nous l’avons entendu à
la lecture de ce passage. Quelle que soit la manière dont l’exprime l’Écriture, tout ce soin n’était pas
pour Dieu, car Il est immuable et immatériel. C’est nous, les hommes, qui avons besoin de signes
matériels pour soutenir notre attention. Nous qui sommes faits de matière, nous avons besoin d’être
soutenus par un cadre externe : un lieu sacré, des signes, des rites, une attitude à adopter… afin de
pouvoir arriver à être vraiment présents à une réalité spirituelle qui nous concerne directement, mais
qui nous dépasse. C’est l’homme qui a besoin de Dieu, et non le contraire !
Or, la sainteté de Dieu est tellement hors de toute mesure par rapport aux créatures que même
les Séraphins se voilent la face devant Dieu (Is 6,2), et que, lorsque Moïse, et plus tard le prophète
Élie, ont voulu voir Dieu, Celui-ci ne s’est manifesté que de dos, « car il est impossible à l’homme
de voir la face de Dieu sans mourir » (Ex 33,20 ; 3 Rois [1 Rs héb] 19,11s). C’est bien pourquoi,
lorsque la nuée manifestant la présence de la gloire du Seigneur dans le Temple a envahi celui-ci –
que ce soit sous la Tente du Témoignage (Ex 40) ou dans le Temple de Salomon (3 Rs) –, « les
prêtres ne pouvaient plus y poursuivre leur fonction » (3 Rs).
L’épître aux Hébreux, elle, évoque le fonctionnement du Temple au premier siècle de notre
ère, afin de mettre en évidence le rôle unique de Jésus-Christ, grand-prêtre nouvel et éternel, qui a
fondé une alliance unique et définitive pour le salut du monde. Mais, dans le cadre de nos lectures,
un autre sens se profile en filigrane…
En effet, si le Temple était le lieu matériel où le Seigneur manifestait sa présence, depuis la
naissance de Jesus-Christ sur terre, Dieu était présent en sa personne. Lorsque Dieu a voulu sauver
l’humanité, Jésus s’est incarné dans le sein de la Vierge Marie, et elle a porté Dieu sans en être
brûlée, tout comme le Buisson ardent manifestait la présence de Dieu sans brûler. Elle fut en
quelque sorte un Temple vivant, rayonnant la gloire de Dieu non par la magnificence des
constructions et le luxe de l’ornementation, comme le Temple de Salomon, mais par sa sainteté
personnelle, par sa parfaite adhésion à la volonté divine, par sa modestie et sa bienveillance sans
bornes à l’égard de toutes les créatures, dont elle est en quelque sorte la première, non dans le temps

mais par la totale disponibilité de toute sa personne. Et c’est bien cela que nos lectures
d’aujourd’hui évoquent. Elle portait en son sein bien plus que l’urne d’or qui contenait la manne,
que le rameau d’Aaron qui avait fleuri et que les Tables de la Loi gravées de la main divine, car en
elle demeurait Celui qui est Dieu Lui-même, le Fils du Père Éternel, qui a voulu s’incarner et
devenir un être humain complet, comme chacun d’entre nous, afin que chaque être humain puisse, à
son tour, devenir enfant de Dieu.
En même temps, la fête d’aujourd’hui célèbre la longue préparation de la Vierge Marie à
l’appel de devenir la Mère de Jésus, conçu de l’Esprit-Saint. En la présentant comme offerte au
Temple dès l’enfance pour tisser le voile du Temple, entendons qu’elle s’est préparée à tisser dans
son sein le corps terrestre du Fils de Dieu. Tout comme le peuple d’Israël fut préparé pendant des
siècles à recevoir la venue du Messie, la Vierge Marie s’est préparée pendant de longues années à
être tellement attentive à la volonté de Dieu qu’elle put répondre à l’archange Gabriel : “Voici la
servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Et pendant tout le reste de sa
vie terrestre, elle fut par excellence celle qui écoute la Parole du Seigneur et la met en pratique,
comme l’a évoqué l’évangile de ce jour (Lc 11,28).
C’est par toute sa vie que Vierge Marie est devenue la Mère de Dieu, et elle est aussi devenue
notre Mère du ciel quand Jésus mourant sur la Croix lui a confié symboliquement toute l’humanité
en lui disant, à elle et à saint Jean : « Voici ton fils » et « Voici ta mère » (Jn 19,26s). Si, par sa mort
sur la Croix et par sa Résurrection, le Christ a offert à toute l’humanité la vie éternelle, en nous
donnant de devenir enfants de Dieu, par le don de l’Esprit à la Pentecôte, c’est à tous les baptisés
qu’Il a donné de devenir le « Temple de l’Esprit », porteurs de Dieu et chargés de Le rendre présent
sur terre (1 Cor 3,16. 6,19; Jn 14,16s). Et là ça nous concerne tous directement, nous qui sommes
réunis dans cette église pour célébrer la fête de la Mère de Dieu. Nous tous qui avons été baptisés
dans le Christ, nous sommes « la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, un peuple
acquis, pour annoncer les vertus de Celui qui nous a appelés des ténèbres à Son admirable lumière
» (cf. 1 Pi 2,9). C’est donc à chacun de nous qu’il revient de refléter la gloire de Dieu par notre
manière de vivre, par notre foi, notre paix, par la joie de ceux qui savent avoir été rendus à la vie par
la Résurrection de notre Sauveur (cf. Phil 4,4-7). Et sur ce chemin que nous apprenons chaque jour
à parcourir un peu mieux – espérons-le ! –, la Vierge Marie est notre Mère et elle nous assiste par
ses prières.