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Nuit de Noël 2025

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes,
qu’Il aime. » (Lc 2, 14) C’est le chant des anges en cette nuit de Noël, c’est
l’annonce faite au bergers, c’est le souhait de Dieu pour l’humanité. La Paix, un
précieux don de Dieu si souvent, trop souvent négligé, malmené ! Peut-on parler
de Paix dans un monde déchiré par les guerres et les guérillas de tout genre, un
monde en proie à la violence croissante à tous les niveaux, un monde où la
course aux armements reprend de plus belle et où les superpuissances se
menacent et se neutralisent à force d’armes nucléaires ? Peut-on parler de Paix
dans un tel monde sans paraître se bercer d’illusions et être de doux rêveurs ? La
réponse est simple : non seulement on peut, mais on doit ! Le silence serait
coupable.
Et d’abord, quoi de plus naturel et de plus désirable que de souhaiter la Paix ! Ça
l’est tellement que c’est le salut ordinaire du peuple juif : Shalôm ! Encore faut-
il qu’il soit porteur de ce qu’il dit, comme devrait l’être le simple bon-jour ou
bon-soir que nous nous adressons sans plus trop y réfléchir. Sans doute est-ce le
sens des paroles du Christ : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je
ne vous la donne pas à la manière du monde » (Jn 14, 27). C’est là, l’expression
la plus achevée de l’espérance messianique de ce simple shalôm. Le Prince-de-
la-Paix annoncé par Isaïe (Is 9, 5) s’est bel et bien manifesté.
Voulue par Dieu pour sa création, la Paix traverse toute l’Histoire Sainte, se
révèle de façon toute particulière en Jésus, émaille les lettres de l’apôtre Paul,
ponctue nos liturgies d’Orient et d’Occident, mais n’en demeure pas moins quasi
insaisissable. À peine la tient-on qu’elle semble s’échapper, et c’est sans doute
ce qui fait dire au psalmiste : « Recherche la paix et poursuis-la » (Ps 33, 15).
De fait, un rien peut la troubler et mener à des conflits de grande envergure.
Nombreux sont les appels à la Paix, à commencer par ceux du pape Léon XIV
dont l’ultime exhortation en vue d’une « paix désarmée et désarmante », ajoute à
ce qui, en huit mois de pontificat, pourrait déjà constituer une anthologie. Il n’est
pas le premier pape à agir de la sorte. Il y a un siècle, Pie XI, le pape qui a
présidé à la fondation de notre monastère, avait pris la Paix pour thème de
l’Année Sainte 1925. Cela s’imposait au lendemain de la Grande Guerre. Après
lui, on se souviendra de l’intervention de Jean XXIII dans la crise des missiles
de Cuba et du cri de Paul VI à l’ONU : « Plus jamais la guerre ! », pour ne citer

que ceux-là, et ne citer que des papes qui sont loin d’être les seuls à appeler la
paix de leurs vœux. Tant d’appels aux effets limités, mais pourtant nécessaires.
Ils nous redisent à temps et à contretemps l’urgence qu’il y a à ne pas laisser se
perdre le don de Dieu sur lequel repose le bien-être, et plus encore le salut de
l’humanité et de la création tout entière.
Mais laissons là le discours général, sans pour autant nous en désintéresser, et
venons-en à celui plus particulier qui nous touche dans notre quotidien le plus
immédiat. C’est chacun et chacune d’entre nous qui est concerné par la Paix
dans son lieu de vie (famille ou communauté) et de travail, et tout d’abord dans
son propre cœur si facilement en proie au trouble et à l’inquiétude. C’est là qu’il
nous faut d’abord accueillir la Paix que Dieu nous donne en son Fils qui est né
pour nous et pour notre salut. C’est là aussi qu’il nous faut garder et entretenir
cette Paix et développer une culture de Paix pour répondre à l’appel du Christ
qui nous veut artisans de Paix autant qu’affamés et assoiffés de justice et
miséricordieux (Mt 5, 9. 6-7). « Il ne suffit pas d’invoquer la paix, dit encore
Léon XIV, il faut l’incarner dans un style de vie qui rejette toute forme de
violence, visible ou structurelle ». Et comme le relève l’éditorialiste Dorian de
Meeûs, « cette fête [de Noël …] invite à la cohérence : celle de faire
correspondre les valeurs que nous célébrons avec les actes que nous posons,
collectivement comme individuellement » (Libre Belgique, 24/12/2025).
En fait, il ne peut y avoir de Paix autour de nous s’il n’y a pas de Paix en nous.
Rappelons-nous les paroles de saint Séraphim de Sarov : « Acquiers la paix et
des milliers trouveront auprès de toi le salut ». Ne laissons pas se perdre la Paix
reçue de Dieu en Jésus, « puisque la grâce de Dieu s’est manifestée » comme
l’écrit saint Paul à Tite, et qu’« elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux
convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière
raisonnable » (Tite 2, 11-12). Ne laissons pas se perdre cette grâce que Dieu
nous donne, cultivons-la précieusement et soyons ferments de Paix pour notre
entourage quel qu’il soit et pour le monde. L’Année Sainte de l’espérance
s’achève, mais l’espérance qui ne déçoit pas (cfr Rm 5, 5) demeure. Qu’elle
vienne seconder notre vœu le plus cher : « La Paix soit avec vous, la Paix soit
avec tous ! »