« Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu » (Ps 32, 12) et encore
« Heureux les habitants de ta maison [Seigneur] » (Ps 83, 5), ces versets de
psaume, nous les attribuons sans difficulté à ce peuple de saints que nous
célébrons aujourd’hui, « foule immense, que nul ne [peut] dénombrer, une foule
de toutes nations, tribus, peuples et langues… » (Ap 7, 9). Ces hommes et ces
femmes venus de la grande épreuve (cfr Ap 7, 14) constituent ce qu’il est
convenu d’appeler l’Église triomphante, c’est-à-dire victorieuse de la victoire du
Christ sur le mort, et glorieuse de la gloire même de Dieu. C’est d’eux qu’il est
dit : « Les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père »
(Mt 13, 43). S’ils sont heureux d’avoir le Seigneur pour Dieu et d’habiter sa
maison, c’est parce qu’ils ont écouté la Parole de Dieu et l’ont mise en pratique,
selon ce qu’en dit le Seigneur lui-même (Lc 11, 28). Ils ont vécu dans la
proximité du Fils de Dieu qui s’est fait proche de chacun d’entre eux, et ils ont
suivi l’Agneau partout où il va (Ap 14, 4). Heureux, ils le sont parce que, pour la
plupart, ils ont cru sans avoir vu (Jn 20, 29), et qu’en certaines heures sombres,
il leur est arrivé de ne plus voir où ils allaient. Forts de leur foi, et comme
Abraham, le père des croyants, espérant contre toute espérance (Rm 4, 18), ils
ont continué d’avancer là où ils se sentaient appelés et envoyés par Dieu. Et
c’est encore le psalmiste qui chante : « Heureux qui se fie en toi [Seigneur] » (Ps
83, 13). Au terme de leur pèlerinage terrestre, ils ont pu se rendre compte que
« l’espérance ne déçoit pas parce que l’amour de Dieu a été répandu dans [leur]
cœur par le Saint-Esprit qui [leur] fut donné » (Rm 5, 5). Et peuple qui marchait
dans les ténèbres, ils ont vu une grande lumière (cfr Is 9, 1).
Mais ce bonheur, c’est aussi le nôtre parce que peuple de Dieu, nous le sommes
nous aussi, nous qui sommes encore en chemin et traversons l’épreuve de ce
temps. Peuple de Dieu et … habitant de sa maison parce que nous venons prier
dans son temple, lieu de rencontre qui lui est plus spécialement consacré, ou tout
simplement parce que nous habitons la « maison commune », cette création dont
Dieu nous a fait rois en nous en confiant la responsabilité. A nous aussi, il est
demandé de ne pas faire mal à la terre, à la mer et aux arbres (cfr Ap 7, 3), mais
également d’être les gardiens de nos frères et sœurs en humanité dans leur
dignité d’enfants de Dieu quels qu’ils soient, ceux-là même que Jésus dit être les
plus petits de ses frères (Mt 25, 40 et 45). A cette attention fraternelle, le
Seigneur nous convie dès le début de son ministère en proclamant les béatitudes,
en nous invitant à avoir un cœur de pauvre qui soit sans partage, à vivre selon la
justice et à la désirer ardemment, à compatir au pauvre et au faible, à être artisan
de paix et miséricordieux, à ne pas craindre d’être persécutés pour la justice et
pour le nom du Seigneur Jésus, le seul Juste (Mt 5, 1-12). Il nous est demandé
d’emboîter le pas à ceux qui nous précèdent dans cette dynamique de valeurs
inversées où qui s’élève est abaissé et qui s’abaisse est élevé, et, à leur exemple,
de suivre et d’imiter le Christ. Imiter le Christ : s’aimer les uns les autres comme
lui-même nous a aimés, selon le commandement nouveau qu’il nous a laissé à la
veille de passer de ce monde au Père (Jn 13, 34). Selon ses propres dires, c’est à
cet amour que nous aurons les uns pour les autres que tous nous reconnaîtront
pour ses disciples (Jn 13, 35). Et comme mise en œuvre de ce commandement, il
nous donne les béatitudes qui sont autant d’expressions de son amour. Les
béatitudes nous ouvrent un chemin d’espérance. Elles ponctuent et stimulent
notre marche vers le Royaume, en nous ramenant à l’essentiel, la vie en Christ,
et font de nous des témoins et des pèlerins d’espérance au service de Dieu et
d’une humanité en attente.

