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Exaltation de la Sainte Croix 2022

Alors qu’il y a quelques jours, en ce début d’année liturgique byzantine, la fête de la Nativité de la Mère de Dieu nous faisait entrevoir l’aurore du salut, la fête de ce jour dédiée à l’Universelle Exaltation de la Précieuse et Vivifiante Croix nous en laisse pressentir l’accomplissement. En effet, la croix glorieuse, récapitulant tout le mystère de la Rédemption, depuis l’Incarnation jusqu’à l’Ascension et au don de l’Esprit Saint, étend son ombre sur le déroulement de l’année liturgique qu’elle met en lumière. C’est le Seigneur lui-même qui dit : « Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme » (Jn 3. 13). Là est la mission du Fils dans l’accomplissement de la volonté du Père. Il s’est fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. Aussi Dieu l’a-t-il exalté » (Ph 2, 8).

La croix glorieuse ! La croix et la gloire, saisissant rapprochement qui peut nous étonner : nous exaltons la croix comme précieuse, vivifiante, glorieuse, … et pourtant, comme nous venons encore de l’entendre, elle est instrument de supplice, de douleur, de souffrance et de mort. Voilà qui nous plonge à nouveau au cœur du paradoxe chrétien : qui perd sa vie la trouve (cfr Mc 8, 35) ! La croix est le lieu de cette Pâques, le lieu de ce passage puisque telle est la signification du terme « Pâques » qui est tout à la fois mystère de mort et de résurrection ! Pour le Christ, et pour tout chrétien à sa suite, une fois plongé dans les eaux du baptême, enseveli avec le Christ dans la mort pour ressusciter avec lui à une vie nouvelle, marqué du signe de la croix, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24).

La croix glorieuse ! Jésus ressuscité ne dit-il pas lui-même, au soir de Pâques, aux disciples d’Emmaüs d’abord, puis aux Onze rassemblés au cénacle, les uns et les autres en proie à la désillusion et au doute : « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26. 46) Et de leur ouvrir l’esprit à l’intelligence des Écritures en leur disant tout ce qui le concernait dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. La liturgie de la fête est venue en quelque sorte relayer cet enseignement du Seigneur en relisant toute l’Histoire du Salut à travers le prisme de la Croix et en allant de préfiguration en préfiguration jusqu’à l’heure où tout est consommé par le Christ suspendu au bois (cfr Jn 19, 30).

Rappelons-nous aussi que dans les évangiles synoptiques, - Matthieu, Marc et Luc, - l’événement de la Transfiguration, où Jésus apparaît dans la gloire de sa divinité, est précédé et suivi d’une annonce de la Passion (Mt 16, 21 et 17, 22 ; Mc 8, 31 et 9, 30-32 ; Lc 9, 22 et 44). Et Luc précise que Jésus s’entretient avec Moïse et Élie « de son départ, qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Lc 9, 30-31). On voit déjà là se profiler les événements de la Passion dont témoignent les Écritures en la personne de Moïse et d’Élie.

Quant à Jean, témoin oculaire de l’horreur de la Croix, s’il ne rapporte pas l’épisode de la Transfiguration, il associe régulièrement crucifixion et glorification dans la bouche même de Jésus : « Elle est venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié. […] Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12, 23. 32) C’est alors qu’il vient d’entrer à Jérusalem que Jésus prononce ces paroles. Mais déjà bien avant, tandis qu’il s’entretenait avec Nicodème, Jésus avait fait allusion à son élévation en croix et en gloire : « Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle ». (Jn 3, 14-15) Et il précise : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16) L’acte suprême de la Croix, du Christ en croix, est un acte d’amour. Un amour conçu dès avant la fondation du monde.    

Enfin, au jardin des Oliviers, ce jardin de l’agonie, tandis qu’il prie, Jésus s’adresse à son Père : « Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût » (Jn 17, 5) Et il insiste : « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu'ils contemplent ma gloire, que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde » (Jn 17, 24). L’histoire du monde est marquée comme en filigrane du signe de la croix.

Là est la croix glorieuse ! La croix et la gloire sont indissociables l’une de l’autre, comme le sont la résurrection et la mort. Cette croix glorieuse, qui n’est glorieuse que parce que le Christ a vaincu la mort en s’y laissant clouer ; cette croix glorieuse, nous sommes invités à la contempler dans la lumière du matin de Pâques qui brille sur ce jour. Célébrée au seuil de cette année liturgique byzantine, la croix plantée en terre et se dressant haut dans le ciel, nous montre la direction à suivre pour pénétrer toujours plus avant, de célébration en célébration, dans le mystère de mort et de résurrection auquel le Christ nous associe dans la douleur et dans la gloire.